Blog

Comment je cueille la capucine

Je mets mes yeux de lynx, j’enfile la tenue souple et furtive du chat qui guette. À l’affût, sur le qui vive, je cible les taches oranges sur la ligne.
C’est qu’elle a pas l’air comme ça la capucine, elle a mis sa robe de soirée, élégante et chatoyante, on pense qu’elle s’offre au regard qu’elle veut se faire voir, qu’elle est fort cantatrice, mais derrière ses grands airs elle voile une fragilité d’oiseau. Elle dit « laissez moi », et se dissimule derrière son paravent de feuilles de nénuphars.
Il faut la comprendre; ses tiges creuses et cassantes cèdent au moindre geste brusque comme des talons aiguille. Le prix de l’élégance.
A l’abri des regards dans son écrin de fraicheur, elle cultive son jardin secret.
J’ouvre le rideau de feuilles, délicatement, et fouille dans les entrailles. Je cherche celle qui se dissimule.
Ses boutons aussi, camouflés bien à l’ombre.
Ceux là, ça fait toujours un peu mal de leur ôter la chance d’aller au bal, ils n’écloront jamais. Mais c’est, qu’après, en bouche, ils éclatent comme un feu d’artifice. Alors on se console.
Et puis passer son chemin. Aller voir le bouquet suivant, comme un chasseur. Finir la ligne de cette manière.
Et l’air de rien, comme en passant là par hasard, revenir par l’autre côté, nonchalamment.
Car on en oublie toujours. Elle est coquine de se cacher comme ça, mais on la trouve et on la croque bien volontiers pour qu’elle dévoile son caractère:
fort et puissant, piquant, épicé, généreux.
Premiers rayons de chaleur, fraicheur sortie de terre, entre les deux s’élève la primevère. La bonne amie, toujours au rendez-vous, fidèle, sincère et généreuse.
Comme une poignée de grains de soleil posée sur la terre elle égaye le printemps, et j’accueille avec joie ma première cueillette de l’année.
A quatre pattes dans les sous bois, froissements de feuilles, craquements de branches de brindilles, je frissonne à l’idée que les chenilles de la Pyrale, chenille du Buis, se glissent dans mon cou, une tique une araignée dans mes cheveux, mais j’oublie vite. 
Accrochée par les ronces et les églantiers je me faufile vers les bouquets de taches jaunes au milieu des feuilles mortes. 
Brun, beige, terre, cramoisi, bois, ombres morcelées, écorces rugueuses, racine saillante, feuilles dentées, dentelées, retournées, lumière entrecoupée de branches, striée, posée. Taches de terre ou de lumière?
Tableau impressionniste. 
Le genou s’enfonce dans l’humide mousse ou rase le rocher. De droite et de gauche, senteurs ascendantes de terre humide, d’humus de champignons, ça tire vers le sol, ça happe, ça ramène au corps.
Fragrances volatiles de violettes qui se mêlent aux subtiles et légères primevères, elles me baladent. 
Des volutes fleuries ou fruitées par bouffées s’invitent, s’ajoutent aux salutations piquantes et boisées de résineux lointains.
Les odeurs, c’est le paysage qui rentre à l’intérieur de soi, qui pénètre… qui vous envahit. 
J’attrape ces notes suspendues à mon nez, je hume et réveille mon animal aux aguets. Et je suis la trace des primevères, toujours, par poignées par pincées elles se laissent emporter avec bonhomie.
Mon panier se remplit. 
J’ai plein de copines fraiches et souriantes. 
Elle rient, souvent elles rient comme une amie ou la chevelure blonde du petit prince. Rire de cristal. C’est vrai, c’est simple. C’est le printemps, mille et un témoins vous le confirmeront.

Aubépine

Dans notre monde, elle est ici et là...
sauvage et vagabonde.
De l'autre côté du miroir...
elle est reine.

Elle jaillit des hautes herbes, où bon lui semble, à pleines griffes
entre dans son domaine et rend à la prairie son animalité perdue.
L'alpage inoffensif devient forteresse hérissée.
Sa couronne d'épines perce l'écorce, protège les démunis,
c'est le nid c'est le refuge.
Elle dresse ses pointes vers tes mains dénudées dansantes à la recherche du remède,
fleurs puissantes et désuètes,
trophées, trésors de pauvre, banal bouton, petits pétales
d'où coule une odeur suave et nauséeuse qui traîne
ambivalente
lancinante

Elle est reine
sourit sans ciller en plein vent
comme un arbre sait sourire
sans justification.
Elle règne sans sujets, sans ordres, sans remous, sans nécessité,
il lui suffit d'être là.

Sa présence te traverse,


des collines, un ciel bleu, du soleil, l'air qui souffle, et...
dans ce vent tu reconnais ton souffle...
c'est le tien
qui balaie ce paysage
tu ne comprends plus,
tu crois regarder un arbre
mais c'est toi le voyant qui te regardes à travers lui.
Vois ces bras tendus vers tes fleurs convoitées,
mains aventureuses dans un treillis de bois dense
mains fragiles, pâles, sans défense, seules
à qui sont elles ?
Elles fouillent, fouinent sans vergogne,
tournent autour de toi, chatouillent ton ego.


Magnanime,
tu les laisse courir tes branches
comme des insectes ennuyants,
et tu donnes de toi.
Qu'importe ce larcin,
il est petit,
si petit
pour un être aussi grand.

Marchés de noël en Drôme

retrouvez moi sur les foires et les marchés de noël (oui, la photo c’est en été):

Les marchés d’Alixan, Livron et Grâne ont été annulés, désolée.

Il reste le 13 Décembre à Cliousclat!

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑